Archipel&Co et l’Urssaf Île-de-France s’unissent pour faciliter la formalisation des activités des entrepreneurs dits « informels » et renforcer leur accès à la protection sociale. Dans cette interview croisée, Margault Phélip, associée et co-fondatrice de MonBusinessCarré et Victor Pied, responsable entrepreneuriat, reviennent sur la mission d’Archipel&Co, la place centrale de l’inclusion dans leurs actions, et la manière dont le partenariat avec l’Urssaf Île-de-France contribue à simplifier les démarches, donner du sens au versement des cotisations et sécuriser les parcours entrepreneuriaux.

Bonjour Margault, bonjour Victor.
Archipel&Co place l’inclusion au cœur de ses actions. Comment cela se traduit-il concrètement dans vos projets et auprès de vos publics ?
Margault Phélip : Archipel&Co est une agence d’innovation sociale et d’entrepreneuriat impact. Nous accompagnons des acteurs publics, privés et associatifs dans le développement de projets d’utilité sociale et, lorsque cela est nécessaire, nous entreprenons pour leur compte afin de concrétiser ces projets.
Avec la création de 113.ORG et du programme Mon Business Carré, nous avons souhaité mettre notre expertise au service de la question de l’entrepreneuriat informel en France, après l’avoir travaillée à l’international. Nous avons ainsi développé plusieurs programmes, en France et à l’étranger, avec une ambition commune : favoriser les passerelles entre grandes entreprises, entrepreneurs et personnes exerçant une activité en dehors des cadres formels, une réalité observée dans de nombreux pays. A l’étranger, comme en France, l’accès à la protection sociale est au cœur de notre démarche. Nous accompagnons les personnes qui souhaitent faire de leur activité leur projet professionnel principal, en les aidant à la structurer et à l’intégrer dans le droit commun, qui constitue un levier de sécurisation et de développement de leur entreprise.
Avec Mon Business Carré, nous aidons concrètement les personnes à formaliser leur activité. Formaliser, ce n’est pas seulement se déclarer à l’Urssaf, c’est aussi travailler son modèle économique, sa stratégie de prix, son organisation, sa communication. Le nom du programme vient d’ailleurs de cette volonté des personnes que nous accompagnons de « mettre leur business au carré ».
Victor Pied : Il existe aujourd’hui de nombreux dispositifs d’accompagnement à la création d’entreprise. Notre spécificité est de nous adresser aussi aux entrepreneurs informels, qui ne se reconnaissent pas toujours dans ces offres et ne peuvent pas être accompagnés de la même façon.
Nous travaillons sur les freins périphériques (maîtrise des outils, confiance en soi, accès à l’information, etc.) et proposons des supports plus accessibles et ludiques. Par exemple, plutôt que de commencer directement par des tableaux Excel, nous partons d’outils plus concrets et progressifs, pour donner envie et transmettre les grands principes de l’entreprenariat. C’est une façon de garder cette notion « d’aller vers ».
MP : Beaucoup de structures croisent la route d’entrepreneurs informels et les intègrent à leurs programmes sans forcément travailler cette question spécifique. De notre côté, nous faisons le choix de considérer d’abord que cette situation n’est pas motivée par la fraude, ce que nos actions de terrain confirment largement.
Nous valorisons les forces de ces entrepreneurs – souvent avec une grande expérience commerciale ou une forte capacité d’adaptation – et travaillons les raisons pour lesquelles ils repoussent la création formelle de leur entreprise, parfois depuis plusieurs années. Notre pédagogie est construite autour de cette réalité, afin de les aider à franchir le pas de la formalisation et à développer leur activité dans la durée.
Notre programme peut surprendre, car il s’adresse spécifiquement aux entrepreneurs informels. Pourtant, notre expérience montre qu’ils ne sont pas dans une démarche « anti-cotisations ». Ils font face à une somme de freins, administratifs, psychologiques ou financiers. Formaliser son activité devient alors un levier vertueux : au moment où l’on se déclare, on se pose les bonnes questions sur la viabilité de son projet, ce qui contribue à le renforcer.

En quoi le partenariat avec l’Urssaf Île-de-France s’inscrit-il dans cette logique d’accessibilité et de simplification ?
MP : Ce partenariat a d’abord une dimension symbolique forte. Il montre que l’Urssaf Île-de-France est ouverte à ce type de dispositif et prête à accompagner ces entrepreneurs. Cette posture nous met en confiance et contribue à installer une relation de confiance réciproque avec les publics que nous suivons. Il permet aussi aux entrepreneurs que nous accompagnons de mieux comprendre le rôle de l’Urssaf, le sens des cotisations et les services proposés.
VP : Sur le plan du parcours, ce partenariat nous aide à simplifier chaque étape pour les personnes que nous accompagnons. Nous allons vers elles, nous parlons d’abord de leur activité et de son développement, puis nous les guidons pas à pas dans leurs démarches.
Nous organisons également des temps d’échanges entre pairs ou avec d’anciens participants, pour expliquer concrètement à quoi servent les cotisations sociales. Les arguments que nous mettons en avant varient selon les profils : la retraite parlera davantage à des personnes de 45 ou 50 ans, tandis que des enjeux de protection au quotidien seront plus adaptés à des entrepreneurs plus jeunes.
Au fil du parcours, nous démystifions la formalisation du statut, majoritairement la micro-entreprise, en la présentant comme une étape importante mais accessible, et en la replaçant dans la réalité de la vie d’entrepreneur.
Selon vous, en quoi ce partenariat répond-il à une attente de vos publics ?
MP : Les entrepreneurs que nous accompagnons n’expriment pas spontanément le souhait de rencontrer l’Urssaf. En revanche, ils ont une forte attente de clarté et de simplification sur leurs démarches administratives, qu’il s’agisse de la création de leur statut ou de la déclaration de leurs revenus. Ce partenariat nous permet d’aborder la question des cotisations, de rassurer et de sécuriser les premières démarches en ligne. Mieux on comprend ce qu’il y a derrière les cotisations, plus on se sent en mesure de les assumer sereinement.
VP : Nous accompagnons les entrepreneurs vers un « territoire » qui leur est souvent inconnu. Le fait d’avoir construit ce partenariat avec l’Urssaf Île-de-France crée un cadre rassurant : ils savent où ils vont, et ils savent que nous connaissons les interlocuteurs et les règle du jeu. C’est une manière de consolider le pont entre deux univers qui se connaissent encore peu : celui des entrepreneurs informels et celui des institutions du droit commun.

L’Urssaf apporte une expertise sur la protection sociale, les charges et cotisations sociales. Comment cette expertise est-elle intégrée dans vos programmes ?
MP : Nous travaillons, grâce à l’impulsion de l’Urssaf Île-de-France, avec plusieurs Urssaf territoriales, qui proposent des formats adaptés, par exemple des workshops collaboratifs ou des temps de formation pour nos équipes. Cela nous permet de croiser l’expertise des Urssaf avec notre connaissance terrain des entrepreneurs informels. Ensemble nous construisons des contenus qui répondent à la question « A quoi servent les cotisations ? » et ce qu’elles permettent concrètement, en adaptant le discours au niveau de connaissance et aux préoccupations de chaque public.
Nous participons également à des ateliers collectifs sur la protection sociale, en partenariat avec l’Urssaf Île-de-France. Ces temps de partage facilitent le dialogue, répondent aux questions très concrètes des entrepreneurs et contribuent à faire évoluer les représentations.
Comment se traduit le partenariat avec l’Urssaf Île-de-France et quelles actions sont mises en place ?
MP : En 2025, nous sommes intervenus lors de la visite d’une délégation tunisienne à l’Urssaf Île-de-France, ce qui a permis de valoriser ce partenariat et de partager des pratiques autour de l’inclusion par l’entreprenariat.
Plus largement, ce partenariat s’inscrit dans une démarche pragmatique : nous sommes convaincus que l’entrepreneuriat informel, à moyen et long terme, peut être précarisant. Si les personnes souhaitent en faire leur activité principale, il est essentiel de les aider à le faire dans des conditions durables, en sécurisant leur parcours grâce à la formalisation et à la protection sociale.
Quels sont les projets futurs et les perspectives de développement de ce partenariat entre l’Urssaf Île-de-France et Archipel&Co ?
MP : Une première ambition est de poursuivre et d’essaimer ce qui a été initié avec l’Urssaf Île-de-France sur d’autres territoires où nous sommes présents. Nous sommes encore dans une phase de construction de la relation de confiance, mais nous aimerions franchir une nouvelle étape ensemble. À terme, nous imaginons la possibilité de déployer ce partenariat à l’échelle nationale, afin de bénéficier de la force de votre réseau et de donner une plus grande visibilité à ce travail commun autour de la formalisation des activités informelles.
Nous voyons beaucoup de synergies possibles avec l’offre « Mes premiers mois avec l’Urssaf ». Avec l’Adie, nous faisons partie des acteurs qui abordent ces situations de manière globale, et nous souhaiterions poursuivre la dynamique commune, notamment autour d’un enjeu clé : faire évoluer le narratif. Derrière une activité exercée en dehors des cadres formels, il y a souvent un projet entrepreneurial en construction. En accompagnant la structuration et la déclaration progressive de l’activité, il devient possible de sécuriser le parcours et de créer les conditions d’un développement durable.
Nous lançons d’ailleurs une évaluation d’impact social de notre programme, qui permettra de disposer de données chiffrées sur les parcours de formalisation et les déclarations effectuées après la création d’entreprise. Ces résultats viendront nourrir les réflexions et ouvrir de nouvelles perspectives pour le partenariat.




